La Garde des Remparts
L’aube n’était encore qu’un souffle pâle à l’horizon lorsque nos premiers heaumes d’acier scintillèrent sous la lumière naissante. Depuis les hauteurs de la colline des Deux-Lions, dominant la vallée verdoyante où serpente le Cher, des milliers de silhouettes sombres se dressaient, immobiles, tournées vers la cité endormie. Turonorum, notre fière cité ligérienne, reposait entre Loire et Cher, ceinturée de ses remparts usés, mais redoutables.
Nous n’étions ni mercenaires avides d’or, ni conquérants de hasard. Nous revenions du sud, après de longues années d’exil, guidés par la lueur de Vénus à travers les sentiers sombres et maudits de la forêt de Larçay. Oui, nous, héritiers des Turons, étions de retour aux portes de notre terre ancestrale.
C’est en atteignant la clairière de Montjoyeux que la lumière nous fut rendue, portant en elle la vision de notre destinée. Dès lors, nul ne pouvait plus nous faire reculer. Nous qui, jadis, avions vaincu les lames de l’émir omeyyade al-Rahman et repoussé les drakkars danois du prince Hásteinn, étions prêts à reprendre ce qui nous appartenait.
Nos étendards claquaient au vent. Leur fond, bleu nuit, évoquait les profondeurs de la Loire, tandis que leurs stries noires et blanches symbolisaient le deuil et l’innocence, hommage aux nôtres tombés sous les coups des pillards.
Quelques mois plus tôt, Turonorum était tombée. Des hordes barbares avaient franchi les gués du Cher, déferlant sur les faubourgs, incendiant, pillant, massacrant jusqu’aux portes de l’Abbaye de Marmoutier. Depuis, les tours de Saint-Martin pleuraient en silence, leurs cloches muettes veillant sur les ruelles d’ombre et de cendre de Châteauneuf.
Ce matin, nous étions là. Figés dans le métal de nos armures, le regard dur. Le calme pesant de l’aurore semblait interminable lorsque, soudain, nos tambours de guerre grondèrent, brisant le silence comme un cri de vengeance. Nos rangs s’ébranlèrent, dévalant la colline dans un tumulte sacré, les sabots frappant la terre humide comme la colère des anciens dieux.
Nos chevaliers franchirent les ponts oubliés, recouverts de mousse, et fondirent sur les remparts. Dans chaque ruelle, la bataille fit rage. Lames et lances fauchèrent les usurpateurs, qui, un à un, ployèrent devant la détermination de nos hommes. Les portes de l’enceinte turone furent reprises une à une et bientôt, les cloches de Saint-Gatien sonnèrent à nouveau, chantant la libération de Turonorum.
Notre cité, libre et rebâtie, retrouva sa prospérité d’antan et sa place de ville de négoce de la Francie occidentale. L’heure était venue pour nous, chevaliers de la reconquête, de prendre place sr les remparts restaurés. Là, tous ensemble, nous fîmes le serment que jamais plus ils ne tomberaient.
La Garde des Remparts était née.
Et tant que la Garde veillera, Turonorum vivra

